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31 octobre 2012

Les Notes / 15

l’importance de l’écriture dans les rapports de Kerouac aux femmes-mère-fille peut être critiquée, mais quand on considère son rapport aux hommes, on voit que ce principe fonctionne aussi, puisqu’il est le même / un épisode très révélateur, autocensuré (« I forgot… ») se trouve dans Les souterrains : la nuit avec Mardou, dans les bars, Kerouac aperçoit Gore Vidal, abandonne Mardou pour boire & parler avec Vidal, une idole littéraire – priorité est donnée à la littérature, toujours / tout s’entremêle, ici : rapport aux femmes, aux hommes, littérature, alcool, bisexualité (il finit par coucher avec Vidal, ce qu’il « omettra » de raconter dans Les souterrains) / ses amitiés masculines n’ont donc pas échappé non plus au primat de la littérature auquel elles ont aussi été soumises / ses grandes amitiés étaient partie intégrante de sa vie littéraire – il faut voir, dans sa correspondance, en particulier, la conception qu’il se fait de son amitié avec Neal Cassady, qu’il perçoit comme une « association littéraire » / aussi Ginsberg & Burroughs, naturellement, & Holmes / dans Sur la route, Cassady vient le voir dans le but d’apprendre à écrire / Snyder écrit des poèmes, etc. / la conception qu’avait Kerouac de la littérature recoupait celle qu’il avait de l’amitié, & vice versa : « un récit qu’on fait par amitié », est-il dit dans Satori à Paris / s’ajoute à tout ça un autre trait typiquement kerouacien : Burroughs mentor ou figure paternelle ou grand frère, Ginsberg, plus jeune, est le petit frère qu’il guide & conseille, Cassady est le frère de sang & l’alter ego / autres amitiés à forte connotation artistique ou littéraire : Snyder, le poète de The Dharma Bums, Carolyn Cassady, ex-étudiante en art, Corso, bien sûr, poète, John Holmes, écrivain (très important, jusqu’à la fin de sa vie) / c’était ça, son cercle – le ciment : l’écriture / on voit à quel point la littérature était au centre des amitiés de Kerouac dans cette vision un peu tordue de sa relation avec Neal Cassady, qu’il considérait comme étant une « association littéraire (voir Visions de Cody) / ses rapports aux femmes-mère-fille-­amis sont tous intimement liés à son rapport à l’écriture, & finalement à tout un mode de vie centré essentiellement sur l’écriture / ce mode de vie, il l’avait tiré des deux principales influences littéraires de sa jeunesse, Jack London & Thomas Wolfe – aventurier-écrivain comme London, & exemple de Wolfe utilisé pour le « contenu » des « aventures » : lire & dire le Poème de l’Amérique / le choix de son mode de vie (errance, aventure) s’est fait en bonne partie en fonction de modèles & d’ambitions littéraires

30 octobre 2012

Les Notes / 16

dans le mode de vie de mononcle Jack, l’alcool & les drogues ont toujours tenu une place importante / là encore, on peut avoir recours à une explication simple : Kerouac était ce qu’on appellerait aujourd’hui un polytoxicomane, mort d’alcoolisme après avoir délaissé les autres drogues / mais il a utilisé en bonne partie les drogues & l’alcool à des fins littéraires / tous ses livres ont été écrits sous l’influence d’une quelconque substance, y compris le café, dans le cas de l’ultime mise en forme de On the Road, Ann Charters l’a fait remarquer / alcools & drogues lui servaient aussi comme multiplicateurs de vie, destinés à intensifier ses expériences qui devaient, elles, nourrir son œuvre / Kerouac se voyait comme un athlète de la performance littéraire, il considérait ses livres comme de véritables exploits physiques / impatient, impulsif, ambitieux, pressé aussi par la nécessité de réussir pour pouvoir gagner sa vie, il a toujours « triché », exactement comme le ferait un athlète se dopant / il ne « pouvait » pas se permettre de consacrer trois ans à un livre comme il l’avait fait pour The Town and the CityOn the Road a été réécrit & « assemblé » sur le fameux rouleau (et non pas écrit) en trois semaines, Les Souterrains en trois jours, Big Sur en dix jours, etc. / une fois prise, il a conservé toute sa vie l’habitude d’écrire rapidement, under the influence, pour être plus performant (c’est même seulement après s’être remis à carburer à la benzédrine pour la première fois depuis le succès de On the Road qu’il a pu écrire Big Sur – & c’est précisément pour pouvoir écrire qu’il a cherché à s’en procurer, allant jusqu’à demander à un éditeur de lui donner le nom d’un médecin qui pourrait lui en prescrire)

29 octobre 2012

Les Notes / 17

la carrière avortée de footballeur / la « carrière » de footballeur & les ambitions de Kerouac dans ce domaine ont été très exagérées, y compris par mononcle Jack lui-même / aujourd’hui, on sait plutôt que c’était le seul moyen qui pouvait lui permettre d’accéder à une éducation supérieure, qui lui permettrait de devenir journaliste & écrivain / Father Morrisette, prêtre & confident du temps de la jeunesse à Lowell, dit lui avoir conseillé de se perfectionner au football pour obtenir une bourse d’étude / il est faux de dire que la jambe cassée a mis fin à cette « carrière » / si Kerouac a abandonné le football, c’est avant tout parce qu’il voulait être écrivain & ne voulait rien d’autre (voir Vanité de Duluoz, & ses confidences à Neal Cassady)

28 octobre 2012

Les Notes / 18

drogues & alcool – ça correspondait à la conception de la vie & de la littérature qu’avait Kerouac / fondant son œuvre sur sa vie, sur ses expériences, les substances devenaient des multiplicateurs & des accélérateurs de vie, des approfondisseurs d’expérience / elles l’aidaient à entretenir perpétuellement une sorte d’état d’esprit romanesque (voir Desolation Angels : tout pour la tragédie) & à garder haut le moral (« c’était une nuit grandiose », « moment historique », etc. – tout aurait été beaucoup moins historique & excitant & grandiose si tout le monde, à commencer par mononcle Jack lui-même, avait été à jeun)

27 octobre 2012

Les Notes / 19

on sait que la perception de Kerouac par le « grand public » restera toujours attachée à On the Road (elle l’est encore aujourd’hui) / en réalité, Kerouac était moins « grand voyageur » (Tennessee Williams en était un vrai, lui) qu’écrivain sans feu ni lieu / ses voyages s’expliquent par sa pauvreté, la décision de se consacrer entièrement à son art, l’attente de l’argent du succès, etc. / il se rendait au Mexique pour vivre & écrire parce que la vie y était bon marché / le trip « on the road » est littéraire, inspiré à la fois de Wolfe (le Poème de l’Amérique) & de Jack London (écrivain aventurier, qui a écrit The Road) / Kerouac ne voyage pas réellement, il ne va jamais où il n’a pas d’amis, On the Road le démontre très clairement / en somme, il ne part jamais véritablement à l’aventure (voir Le vagabond solitaire : « Je n’étais pas un véritable vagabond, je savais que mon succès d’écrivain m’assurerait la protection de la société », ou quelque chose de ce genre) / il y a eu une courte période (1947-1950, peut-être), correspondant d’ailleurs à On the Road, où Kerouac a effectivement un peu « voyagé », mais, là encore, il ne voyage pas véritablement, il se rend chez Un Tel ou Un Tel habitant ici ou là : amis étudiants de Denver, Burroughs à La Nouvelle-Orléans, au Mexique, à Tanger, Henri Cru puis Cassady à San Francisco, sa famille en Caroline du Nord & en Floride, il va porter le mobilier de sa mère à New York avec Neal, travailler à Chicago pour rembourser sa caution dans l’affaire Kammerer, à Mexico pour la vie bon marché, à New York pour travailler avec ses éditeurs, &, dès la première moitié des années 1940, à Washington, où travaille Sampas ( ? ) : habitude prise jeune dont il ne changera jamais / puis il deviendra pratiquement sédentaire quand il aura de l’argent pour acheter une maison, c’est-à-dire quand il n’aura plus besoin d’aller ailleurs, ici & là, pour se faire héberger

26 octobre 2012

Les Notes / 20

la question de la religion est importante dans la vie comme dans l’œuvre de Kerouac / la religion était reliée à l’écriture, dans sa vie : il concevait l’écriture comme la mission terrestre que Dieu lui avait confiée, il voyait l’écriture comme devant apprendre aux autres quelque chose de religieux (voir Satori à Paris) / Big Sur, p. 215 : « (…) & me voilà, moi, écrivain américain d’une imbécillité flagrante & parfaite ; si je fais ce métier, ce n’est pas seulement pour gagner ma vie (j’ai toujours été capable de me tirer d’affaire en travaillant aux chemins de fer, sur les bateaux comme humble débardeur), mais si je n’écris pas ce que je vois se faire sur ce malheureux globe arrondi par les contours de ma tête de mort, je crois que j’aurai été envoyé sur terre, par ce pauvre Dieu, pour rien. »