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22 octobre 2012

Les Notes / 24

Kerouac parvenu au bout du rouleau (sans jeu de mots), viennent enfin la publication & le succès de On the Road, puis la publication de tous ses autres livres / voyage à Tanger & en Europe, lassitude, virées au Mexique, environ trois années à réorganiser sa vie, à gérer son succès, à déménager dans l’espoir de trouver l’endroit idéal, à écrire des articles, à s’occuper de la publication de ses livres, à négocier avec les vautours de toutes sortes, à écrire aussi, The Dharma Bums, & une pièce sur la Beat Generation – & à boire / à l’approche de la quarantaine, c’est Big Sur & l’effondrement (la carte jouée de l’effondrement, c’est une autre proposition faite à ses lecteurs), ou le lâcher prise / Kerouac est un écrivain arrivé, il a déjà réalisé la majeure partie de son programme littéraire, l’alcool impose son tribut, il est fatigué, il vieillit mal, il a du mal avec l’image de lui-même vieillissant, il est désillusionné par l’écriture, le succès, l’incompréhension surtout / ici se pose la question de l’alcoolisme : poule ou œuf ? / les deux, sans doute : l’alcool fait son travail de sape, & Kerouac boit à cause de toutes ses désillusions, de sa fatigue, de sa misère intérieure / mais passé un certain degré d’intoxication, l’alcool devient responsable de tout – ­l’alcool, & non pas la souffrance, le désespoir, etc. / Kerouac lâche prise & décide de se laisser mourir / son alcoolisme des années 1960 est un autre geste dont le contenu est en quelque sorte littéraire : il a rempli le programme correspondant à l’image de l’écrivain qui l’a porté pendant vingt ans, cette image qui appartient à sa jeunesse, maintenant que sa jeunesse est derrière lui il a besoin d’une autre image de lui-même, s’emboîtant dans la précédente mais la dépassant : il ne lui reste plus qu’à entrer vivant dans sa propre légende, à devenir le Jack Kerouac roi des beatniks tel que le succès l’a fait / il est dévoré par l’image que tous ses livres ont fini par créer dans l’esprit de tout le monde, il devient le Cirque Kerouac, il joue à être Jack Kerouac, il n’y a plus aucune distinction entre l’écriture & la vie / c’est l’osmose parfaite, parfaitement réussie / Satori à Paris est le dernier épisode de sa légende, assez pitoyable, autant par ce qu’il raconte (une énorme cuite en Europe, finalement) que de la façon dont il est écrit : c’est la prose d’un alcoolique ramolli, d’un homme fini / Vanité de Duluoz, écrit pour satisfaire aux exigences d’un contrat, est le Coda : l’écrivain ayant dépassé l’écriture, se moquant de lui-même à travers ses œuvres de jeunesse / son rejet des hippies, etc. : je crois que Kerouac refuse de se laisser dépasser sur sa gauche – pour préserver son propre mythe (il n’est plus que cela, puisqu’il n’écrit plus véritablement), il a besoin de placer au-dessus de tout l’image de sa propre jeunesse, celle qu’il s’est forgée entre 1945 & 1957 environ / il aura des projets d’écriture jusqu’à la fin de sa vie (le Spotlight, sur le journal que son père imprimait, etc.), mais ce sera sans conséquence : tout finit avec Vanité de Duluoz (enfin, non, il y a Pic aussi, complété quelques semaines avant sa mort) / la fin de sa vie est pitoyable : il boit pour mourir, il n’attend plus que ça

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