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01 novembre 2012

Les Notes / 14

la recherche des origines n’est pas « typiquement canadienne-française » / il y a plutôt le modèle de Proust, la recherche du temps perdu, le passé / & l’idée du voyage en Bretagne (Satori à Paris) lui vient d’une lecture faite chez lui, en Floride, & l’écriture des sons de la mer atlantique doit être faite parce que Joyce n’est plus de ce monde (Docteur Sax) / il y aurait la définition par la psychologie, à laquelle j’adhère un peu plus qu’à la définition ethnique : Kerouac est un des premiers éternels adolescents des lettres américaines (avec Salinger, disons) / Kerouac est un adolescent attardé, jusqu’à ses deux derniers livres, où il devient carrément mononcle / il est ce que les jungiens appellent un « puer aeternus » / ce qui se vérifie aisément dans ses rapports avec sa mère, ses femmes (et les femmes en général), & sa fille / mais il est aussi &  d’abord un écrivain vivant selon sa conception d’une vie d’écrivain & les exigences qu’il s’était imposées : s’il a « renié » sa fille, c’est d’abord parce qu’il ne voulait pas avoir à payer une pension alimentaire qui l’aurait obligé à travailler, & qui l’aurait par conséquent détourné de l’écriture à laquelle il voulait se consacrer exclusivement / les femmes – il a eu des relations problématiques avec les femmes en partie parce qu’il était pour ainsi dire marié avec l’écriture / il a eu une vie sexuelle assez chargée, mais il n’était pas fait pour l’amour domestique (sa mère prenait en charge l’aspect domestique de sa vie) / connaissant l’homme & sa vie, on peut lire avec un sourire tout ce qu’il dit de son aventure avec la petite Mexicaine dans On the Road : on sait très bien qu’il va rentrer chez lui (chez sa « tante ») en septembre ou octobre, pour se remettre à son roman / on peut en quelque sorte saisir là assez nettement comment il fabrique de la littérature avec quelque chose à quoi il ne croyait pas lui-même, puisqu’il savait dès le début de son aventure qu’elle se terminerait avec l’automne & son retour dans l’Est où l’attendait son roman / de ce point de vue, je ne crois pas à son livre Tristessa – là comme ailleurs, il fabrique de la littérature / il suffit de voir ce qu’il dit de la fille dans sa correspondance, qu’il se l’est finalement envoyée, & avec quel mépris il la traite / la mère – la question de la mère s’explique en bonne partie parce que Kerouac ne voulait pas travailler, pour pouvoir se consacrer entièrement à l’écriture / Mémère l’a donc fait vivre pendant dix ans, puis il lui a rendu la pareille (elle avait alors près de soixante-cinq ans), il avait promis à son père sur son lit de mort de toujours veiller sur elle / Kerouac, homme d’honneur, de fidélité (la fidélité à son projet d’écriture montre bien qu’il pouvait être fidèle), a tenu parole / le bonhomme, Léo Alcide, est mort en 1946, durant la rédaction de The Town and the City, Kerouac a tenu parole / c’est sa mère qui l’a fait vivre jusqu’en 1957, jusqu’au succès de Sur la route, il fait sa part à partir de ce moment où il s’est mis à gagner de l’argent avec ses écrits / il s’est laissé entretenir par sa mère pendant plus de dix ans pour une seule raison : pour pouvoir se consacrer entièrement à son œuvre / dans sa correspondance, il dit explicitement qu’il ne veut pas travailler, parce qu’il veut écrire – & on sait à quel point il a travaillé à son œuvre tout au long de ces dix années / & puis je crois que Kerouac était un solitaire, je crois qu’il aurait été incapable de vivre avec une femme, ou avec qui que ce soit / sa mère, ce n’était pas la même chose, c’était, en un certain sens, une sorte de servante, ou de gouvernante, disons / il était en quelque sorte marié avec l’écriture, pour faire les enfants-livres, il n’y avait de place pour personne d’autre, dans sa vie / même ses relations d’amitié, avec Cassidy & les autres, l’ont prouvé : jusqu’à un certain point, Kerouac s’est servi d’eux pour créer son œuvre, en en faisant des personnages, en habitant chez eux quand il ne pouvait pas se loger ailleurs que chez sa mère (qui se logeait elle-même chez sa fille, la sœur de Jack), etc. / « Canadien français de rejet & Américain à la noix de palmier royal de Floride », dit Lévy Beaulieu / cette question de la vie de Kerouac en Floride : comment se fait le montage ? / comme ceci : le mari de sa sœur s’est établi en Floride, Mémère a suivi, pour être près de sa fille / dès qu’il en a eu les moyens, après le succès de Sur la route, Kerouac a essayé de s’installer à San Francisco, qu’il adorait, avec Mémère, qui l’y a suivi / elle a détesté l’endroit, sa fille Nin lui manquait / Kerouac & Mémère sont donc retournés vivre en Floride, près de Nin / c’est aussi simple que ça – Kerouac devait s’occuper de sa mère qui voulait vivre en Floride, qu’il détestait, lui / de toute façon, il n’était nulle part chez lui, sauf dans son écriture, son seul & véritable pays (voir Visions de Cody & Le vagabond solitaire)

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