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03 novembre 2012

Les Notes / 12

peu importe par quel bout on la prend, la vie même de Kerouac renvoie toujours (et uniquement ?) à la littérature / c’est cette intégration verticale qui m’intéresse / l’histoire de sa vie telle qu’elle est dite dans ses livres est d’abord celle d’un écrivain – car qui est d’abord ce personnage, Smith, Percepied, Paradise, Duluoz, sinon un écrivain, un écrivain vivant dans un monde peuplé de livres, d’autres écrivains, de travaux littéraires ? / & si tout le reste dont on a fait si grand cas était en réalité subordonné à cette première donnée ? / le sens caché de toute cette œuvre, & de la vie qu’elle « raconte », n’est peut-être que l’écriture elle-même, tout simplement / on peut dire que Kerouac a tout gâché, dans sa vie, & peut-être même son œuvre (échec compréhensible) – tout, sauf le fait d’écrire, d’être & de vivre comme un écrivain, selon l’image romantique & idéalisée qu’il s’en était faite durant sa jeunesse / si tout le reste était subordonné à ça, alors il a réussi la seule chose qui comptait pour lui : écrire / on a beaucoup dit que le succès l’avait détruit, mais je crois plutôt que c’est encore la littérature qu’il faut chercher derrière son « effondrement », à partir de 1960 / tout ça avait d’ailleurs commencé bien avant, c’était peut-être même déjà inscrit dès le départ dans les exigences romantiques & idéalistes qui étaient les siennes / dans quel monde Kerouac vivait-il ? / à l’intérieur de quelle réalité ? / une réalité essentiellement littéraire, où tout ce qui ne se ramenait pas à l’écriture, d’une façon ou d’une autre, n’avait que peu d’importance, & peu de consistance, en somme / un passage de Visions de Cody, extrait de La Bande, dit bien tout ça / Neal Cassady (« Cody ») voyait assez clair en Jack, qui vivait à cette époque chez lui, à San Francisco, en 1952 :

« CODY. […] Mais sincèrement, ce que je sais pas, je crois que tu es trop obsédé par l’écriture, si bien que tu n’as pas vraiment le temps de rester calmement assis pour t’interroger sur toutes ces attaques dont tu es victime, sur tous ces gens qui t’agressent, tu ne t’accroches pas vraiment à cette question, c’est une émotion que tu refuses d’approfondir, tout ça parce que tu as trop de choses en tête. Selon moi, l’enjeu de tout ça serait un changement de personnalité… je veux dire, un changement de valeurs.

« JACK. En quel sens ?

« CODY. Eh bien, vois-tu, un changement dans tes préoccupations, dans tes centres d’intérêt. Tu sais bien que tout ça ne te préoccupe pas vraiment, sinon tu y penserais davantage, tu t’accrocherais. Mais c’est vrai que tu es déjà accroché…

« JACK. Par le fait… d’écrire sur ce sujet !

« CODY. Oui, c’est simplement parce que tu écris, la seule chose qui t’intéresse vraiment, c’est d’écrire… »

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