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07 novembre 2012

Les Notes / 8

il n’est pas très étonnant que certains des romans de Kerouac (The Town and the City, Maggie Cassidy, Tristessa) aient été traduits pour la première fois en français au Québec, il y a à peine quelques années / on aime Kerouac, ici, je l’ai souvent constaté / mais je n’aime pas qu’on aime le Canadien français en lui pour les mêmes raisons qui poussent une bande d’ânes à braire en chœur :

Il est des nô-ô-tres

Il se soûle la gueule comme nous au-au-tres !

ce genre de grégarisme m’a toujours fait grincer des dents, parce qu’il n’est qu’un pitoyable sous-produit d’un nationalisme infantile / tout Canadien français qu’il ait été par ses origines, Kerouac était aussi éloigné de mon père, par exemple, qui est pourtant né six ans seulement après lui, que je le suis moi-même d’un Jean-Marc Parent ou d’un Mario Dumont – ou de mes propres frères & sœurs, pour ce que j’en connais / à qui, à quoi peut bien servir l’amalgame d’un individu au troupeau dont il est issu, surtout si on cherche à le forcer, comme l’a fait ce vieux nationaleux d’arrière-garde qu’est Lévy Beaulieu dans son essai sur Kerouac, où il proclamait en 1972 que « Jack est le meilleur romancier canadien-français de l’Impuissance & voilà pourquoi il est important que nous annexions son œuvre » ? /  tabarnak ! avec de pareils raisonnements, on peut aller loin, très loin, dans l’ignominie, & faire se ratatiner très rapidement le monde à des dimensions pour le moins inquiétantes / Kerouac était aussi américain que les gens de ma génération, qui ont grandi dans la prospérité continentale de l’après-guerre / une génération avant la mienne, il a été transpercé de part en part par la conscience de son appartenance à l’Amérique, en dépit de ses origines canadiennes-françaises, ou peut-être même en partie à cause d’elles / ce que Lévy Beaulieu oppose comme étant deux pôles divergents, contradictoires & déchirants de son identité n’était en réalité que les deux faces complémentaires & indissociables de l’homme Kerouac / tout bon Canadien français qui se respecte & qui respecte l’écrivain qu’a été Jack Kerouac (car après tout, qu’a-t-il été, sinon d’abord & avant tout un écrivain ?) devrait se donner la peine de le lire, ou d’essayer de le lire, dans la langue avec laquelle il a écrit la vingtaine de livres qu’il a laissés, ou de feuilleter sa correspondance / il pourra ensuite se poser cette question : « Kerouac était-il un Canadien français écrivant en anglais ? », & peut-être alors toute l’absurdité de ce faux problème, fabriqué par nos nationalistes à la courte pensée, lui sautera-t-elle aux yeux / il est évident que tout individu est beaucoup plus complexe que la somme des données primaires de ses origines ethniques, de la même manière qu’un adulte est toujours infiniment plus qu’une espèce d’agrandissement monstrueux de l’enfant qu’il a été

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