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08 novembre 2012

Les Notes / 7

à New York, fin janvier 1961, se sont tenues, dans l’appartement du poète, metteur en scène & cinéaste Robert Cordier, deux soirées ayant pour thème « The Funeral of the Beat Generation », auxquelles assistaient des poètes & des écrivains, entre autres Norman Mailer & William Styron / en 1959-1960, on pouvait recourir à l’ « agence » Rent-a-Beatnik du photographe new-yorkais Fred McDarrah / dans « Epitaph for the Dead Beats », de John Ciardi, Saturday Review, 6 février 1960, on lit : « Whether or not Jack Kerouac has traces of a talent, he remains basically a high school athlete who went from Lowell, Massachusetts to Skid Row, losing his eraser en route. », ce qui est tout à fait représentatif de ce que les critiques littéraires « sérieux » pensaient de Kerouac à cette époque / dans « This Is How the Ride Ends », de Jack McClintock, Esquire, mars 1970, on trouve cette citation de Kerouac disant : « The Communists jumped on my movement and turned it into a Beat insurrection. They wanted a youth movement to exploit. » / dans Big Sur, son premier livre écrit depuis le succès & la célébrité (mis à part The Dharma Bums), Kerouac essaie de rectifier le tir, de changer son image  / il joue très consciemment la carte de « l’effondrement du Roi des Beats », parce qu’il en a assez de toute cette salade / oui : il essaie de faire une autre proposition à son lecteur : « Me voici à quarante ans, fatigué, etc. », après trois ans de folie autour de la Beat Generation / il est tout de même intéressant de voir qu’à partir de 1960 sont publiés des articles sur la mort de la Beat Generation, des cérémonies funéraires sont même organisées par de soi-disant « Beats » / en gros, le phénomène a tenu deux ans, presque trois /       Kerouac, avec un remarquable sens du timing, publie alors Big Sur / veut-il simplement reprendre le flambeau du Roi des Beats et, un peu à la remorque du phénomène médiatique s'essoufflant, proclamer lui-même, à sa manière, que tout ça est fini, puisque lui-même, le King, jette la serviette ? / c’est significatif : après Big Sur, c’en est fini du Beat dans l’écriture de Kerouac / Satori à Paris joue une autre carte – c’est un non-livre, une merde, & peut-être aussi à sa manière une autre proclamation du Roi déchu / toute cette période est fascinante, la plus fascinante de sa vie, parce qu’alors tout se voile / Kerouac écrivant des textes pour le magazine Playboy, payant ses impôts…/ l'œuvre se termine avec Big Sur, alors même qu’on enterre publiquement les Beats (voir les extraits de la presse de l’époque) / exit Kerouac, victime de la mode / Big Sur est bien écrit, c’est du très bon Kerouac, du moins dans la veine de On the Road & The Dharma Bums & de Desolation Angels / Ginsberg disait que jusqu’en 1959-1960, Kerouac était encore sain, fort, etc., même s’il buvait beaucoup / so, what happened to Kerouac ? / un critique résume la chose, en parlant de Big Sur, lorsqu’il dit en gros : « Qu’est-ce qu’un beat peut faire quand il ne peut plus aller sur la route ?  Il peut allonger la sauce… » / Kerouac l’avait probablement compris / & c’est là qu’il se casse, qu’il se brise / les critiques étaient contre lui, il avait au moins le recours de dire que la Jeune Génération était avec lui, mais en 1960-61 tout ça est fini, au moment même où il va avoir quarante ans / là aussi, la vie rejoint l’écriture, mais dans le mauvais sens : Kerouac, auteur à succès, à la mode, n’est plus à la mode, n’a plus de succès, & comme son véritable talent d’écrivain n’est pas encore reconnu, il ne vaut plus rien / il doit son succès non pas aux valeurs qu’il privilégiait (« Je suis un écrivain sérieux ») mais à tout ce qu’il méprisait, à la télévision, à un phénomène de mode – énorme, soit dit en passant / il le sait, il le comprend, il voit Ginsberg aller faire la plote dans les meetings pour les droits civiques, Cassady s’embarquer avec Ken Kesey dans l’autobus des Pranskters, etc. / les médias, le discours public, la mode, les cons, la société, tout lui a volé son image / en ce sens, la comparaison qu’a faite Denis Vanier est très juste : Kerouac devient le Elvis Presley des lettres américaines, alors qu’un Norman Mailer, fou, plein de contradictions, ayant tenté d’assassiner sa femme, s’étant présenté à la mairie de New York, etc., progresse & devient l’une des figures les plus importantes des lettres américaines, allant jusqu’à écrire Les armées de la nuit, lui vétéran de la guerre du Pacifique ayant écrit Les nus & les morts, ce grand témoignage des combattants du Pacifique / Big Sur : Kerouac croyant reprendre le flambeau n’a fait que faire flamber le peu de crédibilité qui lui restait / il a voulu dire : voyez, tout ça est fini, étant le Chef de File de Cette Génération il m’appartient de le dire – alors que les critiques se sont plutôt servis de son livre pour le mépriser davantage & le ridiculiser & planter le dernier clou dans son cercueil / Kerouac s’est brisé / là, après Big Sur / il avait lutté pendant vingt ans, entre 1940 & 1960, il avait assez donné / il était un enfant des années 1920, des années 1930, ­il allait le souligner dans Vanité de Duluoz / il en avait assez, il était dépassé – parce qu’il s'était laissé piéger, & voilà la faille de son écriture, celle d’un trop jeune auteur, trop fougueux, trop ambitieux / Kerouac a choisi sa fin, contrairement à Fitzgerald, dont la fin lui ressemble beaucoup / en 1965 ou 1966, Satori à Paris est une autre proposition faite au Lecteur : c’est une sorte de « Allez donc tous chier, ma câlisse de gang de tabarnaks ! » / un homme issu des années vingt ne pouvait encaisser qu’un nombre limité de bouleversements dans sa vie, étant lui-même le produit d’un prodigieux bouleversement : l’introduction de toute la culture des Siècles dans la petite tête d’un red-neck canuck de Lowell, Mass. – ce qui n’est pas peu dire

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