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13 novembre 2012

Les Notes / 2

/ & puisque c’est Noël & que tout ce cirque me fait chier, je me mets à relire The Dharma Bums – les titres (anglais) de Kerouac sont tous très bons – plutôt que Big Sur que j’ai pigé dans ma bibliothèque & qui me demande un trop grand effort / Dharma Bums, donc, seul, après les cadeaux de Noël, etc. / & maintenant je me dis simplement ceci, après soixante-quinze pages de ce livre : au fond, il n’y a rien dans Kerouac / à peu près au même moment où j’ai commencé à le lire, j’ai écrit un article que j’avais intitulé « Vie & mort de la contre-culture », qui a été publié sous le titre de « Dans le rang, les jeunes !  /  La contre-culture est-elle morte ? » / quand je dis que j’ai toujours lu Kerouac à rebours, je ne blague pas : question de dimension, bien sûr, mais la chose était la même / à le lire, cependant, surtout ce charabia des Dharma Bums, tout tombe en morceaux / & tout le reste, finalement / il n’y a littéralement rien, dans tout ça, rien que l’idéalisme attardé d’un homme vieillissant – ce qui l’a fait péter en mille miettes / Kerouac est peut-être venu trop jeune à l’écriture, il est terriblement juvénile, stupidement attardé du côté de l’adolescence / Miller est sur ce point très différent, & c’est peut-être la raison pour laquelle il a pu vivre vieux / Céline est arrivé au bon âge à la littérature, Proust aussi / c’est peut-être la raison, d’ailleurs, pour laquelle Kerouac suscite & a toujours suscité beaucoup plus d’intérêt par sa vie, par son mode de vie, que par son écriture proprement dite : il est la quintessence de ce qui deviendra le culte de l’adolescence « rebelle » pour des générations d’autres adolescents attardés / ce qui n’a aucun intérêt pour moi / c’est l’écrivain Kerouac qui m’intéresse : une grande ambition, un grand rêve, & puis ce moment où tout se disloque / comment, pourquoi ? / ça s’est produit, chez Kerouac, cette fêlure, c’est d’une évidence telle qu’on en a fait un film documentaire simplement intitulé What Happened to Kerouac ? / que s’est-il passé, en effet ? / ce qui devait se passer, je pense, l’adolescent a vieilli, & la merde est venue / c’est tout à fait banal – sauf qu’intervient la question de l’écriture, d’une certaine vision de l’écriture, & par conséquent de la vie, du monde, de l’individu / & que me dit donc, dans son échec, par rapport à notre culture, ce point de vue qui était celui de Kerouac, qui l’a fait vivre, plutôt difficultueusement, & qui l’a sans doute aussi fait mourir ?        / beaucoup de choses relatives à Kerouac sont si simples qu’elles en sont rudimentaires / il appartient vraiment à une autre époque, transparente pour nous qui achevons de bâcler ce siècle, le dernier du millénaire / quand je dis qu’il n'y a rien dans Kerouac, je veux dire que je ne suis dupe de rien de ce qu’il raconte, de rien de ce qu’il a essayé de manigancer pour se donner des raisons de croire en une vie qui lui était insupportable / la seule chose qui m’intéresse, chez lui, est la chose qui est habituellement la plus négligée : l’aventure de l'écriture, & ce qu’elle peut nous apprendre / & je crois que tout ceci est pertinent dans la mesure où c’est ce qui a fait mourir Kerouac, qui est l’un des premiers éternels adolescents de notre culture – notre culture qui n’est, thanks to the U.S. of A., qu’adolescence / en tant que représentant de l’ethnie canadienne-française, Kerouac n’a aucun intérêt, parce que ces questions n’ont en elles-mêmes aucun intérêt / un ouvrier nègre, irlandais, ukrainien, italien, corse, chinois, dans un pays d’exil où il est né (drôle d’exil, exil intérieur), a toujours le même profil, un capitaliste allemand ressemble plus à un capitaliste brésilien que – bon, la chose est claire / Kerouac n’était pas dupe, il disait à Fernand Seguin (que je regrette beaucoup de ne pas avoir interrogé au sujet de Kerouac, quand je l’ai interviewé) qu’il n’était pas un homme de courage, mais qu’il savait qu’il était un bon écrivain / qu’est-ce que c’est, un bon écrivain ?

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