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14 novembre 2012

Les Notes / 1

je reviens aux jugements de Lévy Beaulieu dans son essai de 1972, je suis tout à fait contre la vision déformée, partiale, qu’il a donnée & voulu imposer / à force de traquer le Canadien français chez Kerouac & dans son œuvre, Beaulieu finit par en faire un portrait déformé par ses propres obsessions de nationaleux / un exemple très éloquent : « Tous les éléments de l’épopée sont là, épars, dans La Légende de Duluoz, mais il leur manque cette organisation qui les colmaterait et, surtout, cette joyeuse folie (à la Don Quichotte ou à la Pantagruel) sans laquelle l’épopée s’amenuise en chroniques –  » / mais c’est Beaulieu qui voudrait que Kerouac ait fait une épopée, pas Kerouac, dont le propos était autre / « Pourquoi Jack n’a-t-il pas su faire de la puissance avec la somme de ses impuissances ? »  / je pense que c’est justement ce qu’il a réussi à faire, de la façon dont il a voulu le faire / « Pourquoi n’a-t-il pas su faire le Joint, aller vraiment au bout de la route où l’attendait, pieds et poings liés, le rêve québécois ? » / pauvre idiot / ce n’était pas son rêve, mais le tien ! / Kerouac aurait bien ri de Beaulieu, au fond, s’il avait entendu toutes ces sornettes, qui sont celles d’un nationaleux québécois du début des années 1970, pas celles d’un Canuck de la Nouvelle­-Angleterre né en 1922 / & ce n’est pas parce que Kerouac parle de son « redhaired English Canadian enemy » dans Book of Dreams que « cela [m’] en dit plus sur Jack que cent pages cafouilleuses de On the Road », comme l’écrit Beaulieu / & je ne pense pas que Docteur Sax puisse être considéré, sauf par un nationaleux dépassé, comme étant un « puisard de nos afflictions et de nos manquements et de nos errances et de nos courbatures culturelles et de notre aliénation et de notre colonisation » / le « colonisé », c’est Beaulieu lui-même, qui est incapable de penser autrement qu’à partir de sa petite vision nationaleuse étriquée / & il est faux de dire qu’il est « totalement canadien français », ce « mouvement de Jack » partant à la recherche de ses origines en France : tous les immigrants, tout le monde peut éprouver le besoin d’en faire autant, en retournant en Ukraine ou en Italie ou au Gabon / tout ça n’est que de la bouillie pour les chats nationalistes à la courte vue / ce que Kerouac me proposait, à moi, dans Sur la route, c’était une histoire d’écrivain, une vision d’écrivain / je crois que Kerouac n’était ni beat, ni canadien-français, ni rien, sauf, essentiellement, un écrivain / à cause de ça, il a pu vivre, & à cause de ça, peut-être, il est mort, d’une certaine façon

 

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